Tenir debout, mais à quel prix ? Quand on souffre sans que ça paraisse
Ce matin, je me suis levée avec une lourdeur de plus. Je sentais que mon corps n’avait pas envie de sortir du lit. Comme si, malgré ma nuit de sommeil, je me sentais lourde, je me traînais les pieds, je manquais d’entrain pour commencer ma journée. Je prends un café de plus pour essayer de me donner de l’énergie afin de partir la journée. Mais je n’y porte pas attention plus que ça. Après tout, j’arrive quand même à bien fonctionner le reste de la journée.
Et puis, petit à petit, je remarque que les choses qui me faisaient du bien avant me font moins d’effet. Je fais les mêmes activités, je vois les mêmes personnes, mais quelque chose, à l’intérieur de moi, a changé. Bien que je m’efforce de continuer à sourire, à l’intérieur, c’est vide de sens. Je ne ressens rien. Je me dis que c’est normal, que c’est une phase qui finira par passer.
Puis les semaines passent, et cette lourdeur, cette fatigue constante, est de plus en plus présente au réveil. Elle commence à me ralentir dans mes activités quotidiennes. Au travail, je n’arrive plus à tout faire. Alors je ne prends plus de pauses, je dîne à mon bureau, je ne prends plus le temps d’échanger avec mes collègues. Je me sens submergée par mes tâches.
À la maison, je me traîne. Je n’ai plus envie de faire mes entrainements. Ils deviennent pénibles, plus difficiles à compléter. Je n’ai plus envie de faire à manger, mais je me force, parce que mes enfants ont besoin de cette structure. Alors j’opte pour des choses simples, moins nutritives. Je commence à prioriser leurs besoins avant mes obligations dans la maison, parce que c’est ça le plus important : mon rôle parental.
Et parfois, je me réveille la nuit sans raison, et je me mets à penser à toutes mes obligations, à toutes ces petites choses qui m’échappent.
Et je continue, la tête baissée, parce que je me dis que je suis capable d’y arriver. Je suis prise dans le tourbillon du quotidien, en pilote automatique, ce qui m’empêche de m’arrêter et de me poser des questions. En fait, je commence à craindre le vide intérieur que je ressens. Alors je m’assure de rester occupée, d’avoir toujours quelque chose de productif à faire. Après tout, j’ai des listes qui s’accumulent. Et si j’ai un temps libre, je me noie dans mon téléphone : les réseaux sociaux, les jeux, peu importe. Tout pour m’empêcher de faire face à LA chose que je refuse encore de voir.
Et puis, je suis convoquée au travail. On m’indique que j’ai commis des erreurs importantes dans mes tâches et que je ne rencontre plus les attentes de performance. Pourtant, je travaille de plus en plus. Il m’arrive même de me connecter après la routine de mes enfants pour terminer des tâches incomplètes. Je suis confuse. Je ne comprends pas ce qui m’arrive et je perds confiance en mes compétences. Alors je me mets à vérifier mes tâches en double, à douter de mes capacités, à m’isoler davantage.
Avec le temps, je me sens encore plus ralentie par mon corps. Il m’envoie des messages : des maux de tête, des troubles intestinaux. Je semble attraper tous les virus qui passent et en souffrir plus intensément. Je dors de moins en moins. Mon corps ne veut plus suivre la cadence. Parfois même, j’ai une boule dans la gorge qui m’empêche de respirer. Je commence à perdre patience envers les gens que j’aime. J’ai de la colère, de la tristesse, du désespoir, tout en même temps.
À la maison, je m’énerve pour rien. Je crie sans être capable de me contrôler. Tout devient une montagne. Même penser à vider le lave-vaisselle semble insurmontable et complexe.
Et que dire de la culpabilité. Celle de ne plus être à la hauteur au travail, mais aussi celle que j’aurais envers mes collègues si je me laissais enfin tomber au combat. La culpabilité aussi de ne plus pouvoir répondre aux besoins de mes enfants, et même de leur faire vivre les montagnes russes émotionnelles que je vis intérieurement. Ils ne méritent pas de vivre ça. Ce ne sont que des enfants…
Je ne me reconnais plus. J’ai honte. J’ai mal. Je souffre. Je ne peux plus avancer ainsi.
Ce n’est qu’avec le recul que j’ai compris. La santé mentale ne ressemble pas toujours à ce qu’on imagine. On pense souvent qu’aller mal, c’est s’effondrer, pleurer, ne plus être capable. Mais parfois, aller mal, c’est simplement continuer trop longtemps sans s’écouter. C’est fonctionner, mais en se coupant tranquillement de soi.
Aujourd’hui, je comprends qu’on peut aller mal sans que ça paraisse. Qu’on peut être performant et épuisé en même temps. Capable, mais dépassé. Reconnaître ça n’est pas une faiblesse. C’est une prise de conscience.
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